Aménagement piste cyclable temporaire - Brampton (Canada)

La crise sanitaire de la COVID-19 a créé une situation inédite pour la mobilité et les déplacements dans les villes, ici et ailleurs dans le monde. En effet, alors que le travail des ingénieurs en mobilité consiste habituellement à planifier bien en amont les infrastructures de transport, il est aussi nécessaire de savoir s’adapter rapidement à de nouvelles contraintes. C’est ainsi que plusieurs villes dans le monde (Berlin, Bogota, Oakland), au Canada (Vancouver, Calgary, Winnipeg) ou encore au Québec (Drummondville, Montréal) ont déjà mis en place des initiatives pour répondre au besoin de distanciation physique de deux mètres en intégrant dans les infrastructures actuelles, des aménagements temporaires pour les piétons et les cyclistes.

Identifier les secteurs où intervenir

Alors que le déconfinement qui se dessine s’annonce progressif, et comprendra des règles sanitaires qui resteront en vigueur à court et moyen terme, la configuration de certains espaces risque de générer inévitablement des rassemblements. C’est le cas des centres-villes et certains espaces publics attirant de nombreux piétons et cyclistes. Il faudra donc tenir compte de ces achalandages du point de vue de la mobilité active afin de répondre aux enjeux sanitaires qui vont se poser durant ce déconfinement et libérer un plus grand espace aux piétons et cyclistes dans certaines zones.

La gestion de la mobilité dans les milieux denses ou dans ceux accueillant des publics plus vulnérables est un des défis majeurs du déconfinement. En attendant un éventuel vaccin, des espaces devront être libérés pour les piétons et les cyclistes, favorisant leur sécurité.

Ainsi, il est important d’identifier dès maintenant les secteurs les plus sensibles, notamment ceux où le nombre de piétons serait trop grand pour les trottoirs et les espaces publics existants. Par ailleurs, il conviendra de distinguer parmi eux les secteurs accueillant une plus forte proportion de résidents ou d’usagers particulièrement vulnérables : aînés, enfants, personnes à mobilité réduites. Le besoin de réaménager des espaces publics au profit des déplacements piétons se localiserait par exemple autour des CHSLD et résidences pour aînés, autour des écoles et à proximité des commerces essentiels et services encore ouverts au public. Ces zones identifiées demanderont alors un travail de sécurisation au niveau de la mobilité avec des aménagements qui permettront à tous de circuler en respectant les consignes sanitaires en place à court et moyen terme.

Des cyclistes et des piétons sur la route à Bruxelles durant la période de la COVID-19
Des cyclistes et des piétons sur la route à Bruxelles durant la période de la COVID-19

Encadrer techniquement les interventions

Pour réussir ces réaménagements temporaires, plusieurs conditions doivent être réunies: favoriser la sécurité et maintenir les accès pour les véhicules d’urgences, le transport collectif ou adapté et le camionnage. En ajoutant à cela les défis traditionnels de la mobilité, notamment la coexistence des modes de transport notamment, il apparaît ainsi clairement que ce déconfinement progressif nécessitera un encadrement technique complet. Celui-ci peut prendre la forme d'un guide technique, de plans types ou d’un accompagnement personnalisé, à destination des villes et municipalités qui seront responsables de les concevoir et de mettre en œuvre des corridors de marche élargis, des voies cyclables temporaires ou des rues partagées. L’objectif est de faciliter la mise en place de ces aménagements et de favoriser la cohérence à travers le Québec tout en s’assurant de bien répondre aux normes techniques en vigueur et aux bonnes pratiques observées à travers le monde.

Mesurer, évaluer et ajuster pour répondre aux besoins

Le succès de ces mesures dépend également d’un monitoring efficace, pour régler au fur et à mesure les problèmes de mise en œuvre, et afin d’évaluer l’effet de ces mesures sur l’ensemble des déplacements.

Alors que nous subissons cette crise sanitaire majeure, cette période unique nous révèle également de nouvelles façons de voir le monde et la mobilité. Comme c’est le cas pour le télétravail, les exigences de la pandémie nous forcent à rendre possibles des mesures que de nombreux plans de mobilité et de développement durable présentaient déjà comme essentielles. Ainsi, si les mesures doivent être mises en place rapidement, elles doivent l’être de manière rigoureuse et intégrer des dispositifs continus de suivi et de communication entre la ville et la population pour maintenir la qualité des installations et les adapter au test du terrain. Aussi, il sera essentiel d’observer de façon systématique comment ces aménagements temporaires modifieront les comportements des usagers, quel que soit leur mode de transport, dans les secteurs visés et aux alentours. Les données obtenues seront cruciales pour planifier la mobilité à moyen et long terme, et pour les prochaines crises auxquelles nous pourrions faire face à l’avenir. Il s'agit maintenant pour les autorités compétentes de se donner les moyens de bien les mettre en œuvre.