Le déconfinement qui commence dans différents pays, mais également au Québec actuellement, nous amène à repenser certains éléments de notre vie quotidienne à court et moyen terme, car, comme nous le mentionnions dans un article précédent, la gestion de la mobilité constitue un élément clef pour un déconfinement sécuritaire.

En effet, la distanciation physique de deux mètres et l’anticipation d’une utilisation plus importante du transport actif rendent incontournable la mise en place d’aménagements temporaires dans nos villes pour les piétons et les cyclistes.

S’ils deviennent incontournables dans cette période de vie avec la COVID-19, ces aménagements doivent respecter 7 conditions gagnantes principales pour tenir leurs promesses en matière de mobilité :

1. Définir des objectifs et des critères

La mise en place d’aménagements temporaires doit viser des objectifs clairs et compris de tous. En les nommant et en les priorisant, ces objectifs augmentent grandement l’acceptabilité, la compréhension de ces mesures et leur mise en œuvre. C’est un premier pas essentiel pour une cohabitation harmonieuse des modes de transports.  Ces objectifs doivent s’accompagner de critères qui vont contribuer à définir et prioriser les aménagements temporaires appropriés aux sites d'intervention identifiés.

Au-delà de l’aspect sanitaire avec le respect de la distanciation physique, il se présente des opportunités en milieu urbain à coordonner avec ces nouveaux impératifs sanitaires : vise-t-on à garantir un espace de déplacement aux abords des parcs ou autour des résidences pour aînés ? Y a-t-il des espaces à sécuriser en fonction de l’achalandage anticipé durant la période de vie avec la COVID-19 ? Souhaite-t-on développer un réseau de liens de grande capacité entre les zones résidentielles et les zones d’emploi ? Souhaitons-nous d’abord intervenir là où les installations pour le transport actif sont insuffisantes ou inexistantes ? Vise-t-on à renforcer l’attractivité d’une artère commerciale ? Devance-t-on les interventions prévues dans un plan d’aménagement de mobilité ? Répondre à ces questions est essentiel.

2. Cartographier le territoire pour identifier les potentiels et les contraintes

Une fois les objectifs et les critères généraux définis, il faut maintenant les mettre en relation avec l’environnement où seront instaurés ces aménagements temporaires pour les piétons et les cyclistes, à l’aide d’un outil cartographique géoréférencé. Cela permettra ainsi de voir les contraintes sur le terrain et de faire une classification de la difficulté de la mise en place de ces mesures temporaires, le tout pour aider à leur priorisation. Un choix peut alors être fait au niveau de la priorisation des aménagements à court et moyen termes.

Il faut valider notamment les typologies actuelles et futures d'utilisation du sol adjacentes aux voies publiques, les enjeux d'accessibilité universelle, ainsi que tout autre élément qui pourrait influencer ou moduler les choix d'aménagement. Cette analyse se fait à différentes échelles et va jusqu'à la caractérisation de chaque site pour recenser toutes les contraintes opérationnelles et techniques :  l’accès et la circulation pour les véhicules d’urgence et pour la gestion des matières résiduelles, la configuration des arrêts d’autobus (avec les montées et descentes de passagers) ou les accès aux livraisons pour les commerces ou les institutions, bref : tous les besoins des différents usagers de ces espaces.

Plus globalement, cette étape de cartographie permet aussi de distinguer tous les secteurs au sein desquels on prévoit une concentration de piétons et de cyclistes comme à proximité des magasins, des écoles, des hôpitaux des CHSLD ou des zones de passage notamment.

menagement temporaire pietons cyclistes COVID-19 - Milan Italie

3. Moduler le type d’aménagements

Une fois les besoins d’aménagements temporaires localisés de façon rigoureuse, il est nécessaire de penser à moduler le type d’aménagements selon les caractéristiques physiques, sociales et logistiques des lieux identifiés.

Le choix entre une rue partagée, une rue piétonnisée, la mise en place d’un corridor piéton ou cycliste ou d’un autre type d’aménagement temporaire est fait à cette étape. Le type de mobilier urbain doit être également considéré selon les contraintes opérationnelles, telles que les accès pour la livraison, les accès pour les personnes à mobilité réduite ainsi que les montées / descentes aux arrêts de bus par exemple.

Enfin, l’aménagement doit également intégrer du mobilier pour répondre aux besoins directs des usagers, notamment les stationnements vélo sécuritaires et en quantité suffisante dans les lieux de destination. Finalement, la perspective de l’ensemble des usagers doit être considérée pour prévenir toute situation potentiellement dangereuse et permettre des déplacements les plus sécuritaires possible pour tous.

4. Communiquer la mise en place des aménagements temporaires aux citoyens

Des aménagements temporaires bouleversent notre rapport à la ville et à nos façons de nous y déplacer, quel que soit notre mode de transport. Face à un nombre croissant et changeant de recommandations de la part des gouvernements fédéral, provincial et local, il est essentiel de s’exprimer d’une seule voix pour expliquer le “pourquoi “, le “où”, le “comment” et le “quand” de ces aménagements temporaires à l’ensemble des citoyens.

Expliquer le “comment” de ces aménagements est d’autant plus crucial que le déconfinement devrait voir l’arrivée d’une cohorte importante de cyclistes débutants ou occasionnels, pas nécessairement habitués à rouler dans des contextes urbains denses. Il est donc important de sensibiliser des personnes qui pourraient ne pas être familières avec la pratique du vélo en ville par exemple. Pour les automobilistes, il s'agit également de découvrir de nouvelles contraintes.

L’uniformité des communications est essentielle pour des usagers qui traverseront chaque jour différentes villes et arrondissements dans un environnement transformé.

Oakland - Amenagement temporaire - Road Closed - COVID19

5. Créer des aménagements “lisibles” par tous les usagers sur le terrain

Le nouveau partage de l’espace public que créent ces aménagements temporaires doit être soutenu par une signalisation uniforme, claire et visible par tous les usagers. Une signalisation efficace et univoque est la base d’une compréhension commune de l’utilisation des espaces publics, et désamorce en amont un grand nombre de conflits potentiels.

La signalisation doit également renseigner les usagers avec des besoins plus spécifiques, tant ceux du transport adapté, que les professionnels de la livraison aux commerces ou aux particuliers. Enfin, le cas échéant, la signalisation doit expliquer comment les aménagements se modulent selon la période de la journée ou de la semaine.

Affiche amenagements temporaires rues Montreal Portland - COVID-19

6. Assurer un monitoring continu

Le monitoring englobe une observation du territoire par une compilation efficace des données sur les déplacements, et évalue comment les aménagements modifient les choix du mode de transports et les itinéraires choisis. À long terme, c’est une opportunité unique de tester des aménagements pour les pérenniser et en réduire les impacts négatifs.

Les citoyens contribuent également aux remontées d’information concernant les aménagements temporaires qui sont mis en place. Ils permettent ainsi de voir, par exemple, si des ajustements sont nécessaires au niveau de la signalétique ou de la sécurisation sur le terrain, mais également de saisir la perception générale sur ces mesures notamment. Pour rendre ces retours possibles, les Villes doivent fournir des accès simples par application mobile (tel que le 311 à Montréal), par téléphone, par courriel ou via les réseaux sociaux pour accueillir et traiter ces signalements. Enfin, des sondages terrain peuvent également venir compléter le monitoring.

Amenagement temporaire pietons cyclistes COVID-19 - Bogota Colombie

7. Adapter / Ajuster si nécessaire

La mise en place d’aménagements temporaires doit toujours intégrer des possibilités d'adaptation et d’ajustement en fonction de ce que l’on a observé, mais également des objectifs poursuivis. Il s’agit d’une part de corriger rapidement des mesures qui seront autant de nouveautés dans nos environnements.

D’autre part, il faut prévoir la capacité de déployer rapidement des mesures dans différents lieux lors des éventuels et inévitables imprévus qui pourraient survenir (confinement localisé par quartier, épisodes récurrents d’épidémies…) ou que l’on pourrait organiser (festivités sur rue, fête des voisins dans les rues résidentielles, fermeture hebdomadaire pour la marche ou le vélo de plaisance).

La période est inédite, mais les mesures pourraient être amenées à être redéployées dans d’autres contextes ou d’autres espaces dans la ville par exemple.

Conclusion

Les plans de mobilité et d’urbanisme de nombreuses villes et municipalités québécoises visent à réduire l’usage de l’auto-solo et favoriser le transport durable. Ces mesures d’aménagements temporaires sont un geste qui va incontestablement dans ce sens, mais sont prévues dans un contexte exceptionnel.

Il est essentiel de profiter de ces aménagements temporaires pour évaluer leurs effets sur les comportements des usagers et leurs habitudes de déplacements. Cela requiert d’observer sur le terrain et de sonder les citoyens sur leurs perceptions face aux différents aménagements en termes de sécurité, convivialité et efficacité des déplacements. Ces informations pourraient ainsi amener des informations utiles pour des choix d’éventuels aménagements permanents.